16 Juin 2005.
Ca y est, je viens de passer ma première nuit dans les dortoirs de l'usine de jouets. Une bonne expérience qui permet de se rendre compte de ce que c'est que
la Chine
ouvrière quand on partage la cantine et les dortoirs avec eux.
Il faisait au moins 35 degrés sans compter l'humidité ambiante, c'est une horreur, les vêtements collent et grattent. Vers 23:00 je pars me coucher. Je me fais accompagner par un jeune chinois. Il y a quelques cafards qui courent dans les escaliers que j'emprunte pour atteindre le sixième étage. Beuuuu. Je sens qu'ils montent sur mes tongs, Beeeeeeeeeeeeeaaaaaaaaa. La ma mère me dirait: Non mais ça va pas non ? Tu vas pas dormir la ???
L'ampoule des escaliers est grillée. Finalement en arrivant au sixième étage on arrive enfin a allumer une ampoule. Il y a des grosses flaques sur les balcons que je suis obligée d'emprunter pour rejoindre ma chambre. Le jeune chinois qui m'accompagne, KK, que je connais bien et qui parle trois mots d'anglais me montre ou il vit, il est juste a cote. Cool, on sait jamais ce qui peut arriver. Je passe devant les autres chambres, celles des managers de l'usine qui sont des chambres individuelles. Eux au moins ils ont un peu d'intimité, pas comme en face, dans les dortoirs des ouvriers de production qui partagent des chambres de 15m2 a quatre, et qui doivent, en plus, payer un loyer. Incroyable.
Je rentre dans la chambre et j'y trouve avec surprise qu'elle est équipée : air conditionne et même une télé. Le matelas est dur comme du bois, comme partout en Chine, mais on y dort bien. Il a des morceaux de carton colles aux fenêtres en guise de rideaux qui cachent un peu. Le plafond doit atteindre 3 mètres de haut et il y a, bien sur, deux inévitables horribles néons, qui m'éblouissent et un ventilateur pour rafraîchir si jamais il y a une panne de courrant, fréquent dans cette zone de
la Chine. Et
puis de l'autre cote de la chambre, il y a une porte qui donne sur un balcon: les sanitaires. La vue donne sur l'autoroute. Il y a trois petites portes donnant accès a la douche, les WC (la chasse d'eau ne marche pas bien sur) et un coin réserve, on dirait, a une machine a laver, mais je n'en suis pas sure, j'imagine pas une machine a laver ici. Puis un lavabo d'ou sort une eau rougeâtre. Buuuaaaa. Je me forcerais a penser que c'est pour la couleur de la terre. J'espère. De toute façons je me suis lavée les dents avec de l'eau minérale. La douche est pas trop sale, j'ai vu pire, il y a même de l'eau chaude. Quelle chance ! Sauf que l'eau ne sort pas ! J'ai beau toucher toutes la manettes, rien a faire ! Pourtant les tuyauteries sont chaudes... C'est pas grave, on verra demain. Tout est ouvert sur l'extérieur. En été, ça va, mais les hivers sont très froids, je n'ose pas imaginer les ouvriers qui sortent se doucher en plein hivers. Au petit matin, quand je me réveille vers 7:15, les ouvriers sont déjà a leur poste depuis une demi heure. Je refais une tentative douche: non, rien a faire, toujours pas d'eau. Bon, toilette du chat a l'eau rouge pour ce matin, je me doucherai chez moi ce soir.
Il pleut encore. Je descends les six étages avec mes sacs. Arrivée en bas un chinois vient me prendre mes sacs pour ne pas que je les porte. De son autre main il me tient un parapluie pour ne pas que je me mouille. Si je lui fais signe de me le donner, ce n'est pas la peine, et que je peux le tenir, mais il insiste et re-insiste. "No no no." Bon, je laisse tomber.
En entrant dans l'usine je vois un des gardiens. Il va me faire le coup du salut militaire comme a chaque fois. Il se lève, et quand je passe devant lui, salut militaire... Au début on comprend pas, on a l'impression qu'on est quelqu'un de super important, genre un président ou un premier ministre. Et puis après, on se marre. Mais on ne s'habitue pas.
18 Juin 2005
De retour a Hong Kong
Dîner avec CGY. et SWW. Ces deux dirigeantes chinoises se plaignent de leurs ouvriers qui demandent trop cher de salaire. "A ce rythme, on va bientôt payer les chinois comme les hongkongais. L'an dernier ils gagnaient 900 RMB, maintenant ils veulent 2000 RMB, et si on est pas d'accord, comme on embauche partout, ils s'en vont."
Quand je les entends parler et se plaindre, ça m'irrite. Les pauvres petits patrons chinois se plaigne de la montée du niveau de vie de leur pays pendant que l'Europe se plain de la crise économique.
Dans ce genre de conversation, je ne peux que m'effacer, je profite aussi du système, après tout, même si je trouve ce genre de propos inacceptable quand on sait dans quelles conditions travaillent et vivent ces gens. Mais qu'est ce que j'y peux, moi, si le système actuel et toute la vie économique mondiale gagne son beurre sur le dos de 1 300 000 000 pauvres chinois. Parfois je peux pas m'empecher de culpabiliser... desolee...
Mais l'occident a voulu le beurre et largent du beurre. Alors maintenant, si réellement
la Chine
doit atteindre le même niveau de vie que les Etats-Unis dans une trentaine d'années, et celui du Japon dans une quarantaine d'annees, va t-elle nous exploiter a nous dans 30 ans ? Elle aura sa revenche... c'est sur. Déjà elle nous enlève nos emplois. En Europe on aura plus que des emplois sociaux, résultat on va vivre d'allocations chomages et de trucs comme ca ?
C'est une image pas bien brillante, ok, je l'assume, une exagération, une barbarrrrrrrrrrrie comme dirait Chichi, mais qui peut faire réfléchir...
Mais ce qu'on peut dire déjà, c'est que quand
la Chine
sera riche, c'est elle qui exploitera, et ce sera sûrement l'Inde. Et a ma place, en train d'ecrire ce genre d'article, ce sera une chinoise en train de raconter comment son entreprise exploite les petits indiens.
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